Pour des médecins soignants plutôt que sachants

Écouter sans juger, respecter les patient.e.s, leurs corps, leurs ressentis, leurs émotions, écouter ce qu’ils ont à exprimer, même s’ils n’ont pas fait les longues et exigeantes études endurées par les médecins… il semble que cela devrait être l’évidence, la normalité, le plus courant et répandu. Et pourtant…

Être un.e « soignant.e » et non « jouer au docteur », ce n’est pas la même chose. C’est cette différence, essentielle et subtile, que Martin Winckler nous propose de découvrir dans son roman « Le Chœur des femmes ».

Il y raconte comment l’attention portée aux femmes, comment l’écoute patiente, sincère, entière, conduit à une médecine qui trouve les réponses justes. Parce que tomber enceinte alors qu’on ne le veut pas, ne pas tomber enceinte alors qu’on le veut, désirer ou ne pas désirer, faire respecter son corps dans les relations intimes, voir son corps respecté dans les actes médicaux et gynécologiques, être considérée comme une personne responsable et non un corps à maîtriser et un esprit à redresser, c’est souvent plus complexe que ce que les « professionnels de santé » semblent penser et montrer.

En cause : une formation des futurs professionnels de santé autoritaire et compétitive, quasi exclusivement curative, où il est enseigné que le savoir confère le pouvoir – un pouvoir que le « patient » ne possède pas. Peut-être que le temps est venu de prendre soin de celles et ceux dont le métier sera demain de prendre soin des autres…

C’est à une véritable révolution qu’appelle Martin Winckler dans cet ouvrage, une révolution dans la posture du médecin – de sachant à écoutant ; de pressé à patient – et dans ses pratiques – examens et interventions gynécologiques sans douleur, contraception choisie…

Peut-être une lecture à mettre entre les mains des étudiants et étudiantes en médecine, des médecins et des gynécologues et sages-femmes !

Bonne lecture !

4ème de couverture :

« Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Morceaux choisis :

« – Chaque fois que vous interrompez une patiente, vous l’empêchez de dire ce qui est essentiel pour elle. Chaque fois que vous remettez en question la véracité de ce qu’elle dit, vous la faites douter.
– Mais si elle dit quelque chose de faux ?
– D’abord, ça n’est pas « faux », c’est ce qu’elle ressent. Son interprétation n’est peut-être pas conforme aux acquis de la science, mais elle lui permet d’appréhender la situation d’une manière intelligible, de ne pas se laisser gagner par la panique. Notre boulot, ça n’est pas de lui dire que ce qu’elle ressent est « vrai » ou « faux », mais de chercher pour son bénéfice, et avec son aide, ce que ça signifie. Si tu veux que les patientes respectent ton avis, il faut d’abord que tu respectes leur perception des choses…
– Même si elle repose sur une vision complètement fantsmatique ?
– Bien sûr. Respecter, ça ne veut pas dire adhérer. Ça veut dire : plutôt que perdre son temps dans un bras de fer (j’ai raison, tu as tort), essayons de trouver un terrain commun. Une relation de soin, ce n’est pas un rapport de force
. »

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