Journal de bord de citoyen.ne.s confiné.e.s

Cette période de confinement dû au Covid-19 interroge nos relations :

  • nos relations à nous-mêmes : comment l’on se vit et l’on se perçoit dans ces changements de rythme et d’activités, ces temps parfois solitaires, comment nous importe notre propre santé et se rappelle à nous la finitude de la vie…
  • nos relations aux autres : comment l’on cohabite dans nos maisons, lorsque l’on est ensemble 24h/24, comment l’on maintient le lien, malgré la distance, avec ceux qui ne sont pas sous notre toit…
  • nos relations au monde : comment l’on considère, individuellement et collectivement, la nature et le vivant (ceux de nos jardins, ceux de la forêt où l’on ne peut plus se rendre, ceux qui respirent un peu de voir nos activités ralenties), comment nos sociétés mondialisées (dis)fonctionnement…

En quelques mots ou quelques lignes, je vous invite à partager ci-dessous votre vécu et vos espoirs sur ces relations qui changent, qui pourraient ou qui devraient selon vous changer… Une pensée, un poème, une anecdote, un coup de gueule ou un coup de cœur, toutes les formes sont les bienvenues, alors à vos claviers !

TÉMOIGNAGES :

Drôle de temps que ce confinement… Récemment arrivée avec mon homme et notre petit garçon dans ma campagne d’origine – en région nantaise ndlr – je ne compte pas les fois où nous nous sommes entendus dire « Comme vous avez bien fait de quitter Paris ! » Et c’est un fait : nous n’avons pu que nous réjouir de vivre cet épisode, hors normes de nos vies, dans une maison familiale immense, avec un jardin géant, et la ferme de mon frère juste en face ! Bizarrement, c’est à la veille des grèves monstres des transports, début décembre 2019, que j’ai fait mon dernier A/R à Paris pour rendre mon matériel informatique et ainsi clore mon contrat parisien. Ouf ! C’est aussi le week-end avant le confinement que j’ai fait une fausse couche – ça arrive plus qu’on ne le pense, plus qu’on ne le dit, alors disons-le sans crainte et sans honte ! mais ce n’est pas le propos ici… Les deux premières semaines de confinement ont donc été pour moi l’occasion de reprendre de l’énergie, tant physiquement que moralement, en profitant de ce repos « forcé ». Mon mari n’a pas pu travailler pendant les 4 premières semaines, alors c’est à 4 et dans une ambiance intergénérationnelle que nous avons pris nos marques dans le confinement… Ma maman, élue locale et femme dynamique de 70 ans, à la nature résiliente, a eu tôt fait de transformer ce moment particulier en temps profitable pour tous. Une fois passé les premières semaines, uniquement préoccupés par les « qu’est-ce qu’on mange ce midi / ce soir ? » et à stocker les nouveaux kilos, le beau temps nous a motivé pour des activités d’extérieur : jardinage, aménagements de parterres, et bien sûr promenades quotidiennes à la ferme avec mon fils pour les rituelles visites aux veaux, vaches et couvées! Nous avons tardivement investis les chemins de randonnées pourtant tout proches pour nous offrir une heure d’escapade dans les herbes hautes laissées en friche. Ô joie des balades à deux le long du ruisseau, loin de toute civilisation! Notre maison familiale de 40 ans d’âge recèle bien des trésors et du confort, mais elle contenait également 40 ans de « Souvenirs, souvenirs » et de « Ça peut toujours servir! ». Lui offrir une bouffée d’oxygène faisait partie de mes préoccupations en atterrissant chez maman en novembre, et le confinement nous offrait une bonne occasion de donner un coup d’arrêt à notre éternelle procrastination : le sous-sol devenu impraticable est désormais trié et débarrassé de nos dessins de maternelle, des archives de cours de lycée, des multiples bricolages aux couleurs délavées et de tous ces fils de connectique informatique ! Maman est même désormais bien lancée dans le rangement de son éternel bureau qui déborde de piles de papier ! Le confinement a opéré de petites révolutions… Celui qui n’a véritablement pas souffert de ce confinement c’est notre enfant de 2 ans, épanoui comme tout, qui a pu d’un seul coup, profiter de papa, maman, mamie à 100% ! Et depuis Pâques, renouer avec les cousins voisins de l’autre côté du champ. Que demander de mieux ! Tant et si bien qu’il avait bien du mal à s’endormir le soir et que je n’ai pas pu, comme les médias se plaisaient à le dire, relire l’intégrale de Proust, me mettre au yoga ou regarder des séries en série! Ce n’est pas bien grave toutefois, nous sommes désormais sur la bonne voie pour son autonomie quant à l’endormissement! Alors bien sûr, ma recherche d’emploi en a pris un coup… mon bilan de compétences de début d’année devait m’aider à atterrir dans la région et à me questionner sur mes souhaits de rebond professionnel; tout du moins, il devait me permettre de m’éclairer et de me guider afin d’être à nouveau à l’écoute de mes attentes profondes. Autant dire que pour l’heure, c’est moi qui vais être à l’écoute de ce qui va advenir dans mon environnement proche! Mais je sais désormais, grâce au confinement autant qu’à mon bilan, les priorités que je souhaite pour mes prochaines missions. Moi qui suis toujours un peu trop « tous azimuts », je me dis qu’il fallait bien un temps de confinement pour m’obliger à me poser, à rester un peu tranquille et à savourer non ce que je pourrais avoir demain, mais ce que j’ai déjà aujourd’hui. Depuis la naissance de notre fils, j’ai beaucoup déporter mon attention et mes attentes sur mon homme et mon fils. Ce qui m’importe le plus c’est leur bien-être et leur bonheur; j’en avais un peu oublié le mien. C’est un des enseignements de notre vie de confinés. Prendre du temps pour moi, écouter mon rythme, m’accorder du temps de loisir et du temps pour de l’introspection personnelle, sinon je commençais à m’oublier. La présence de mon mari, son bonheur de vivre ici, ou encore l’épanouissement de mon fils ont été jusqu’à maintenant le moteur de mon bonheur. Je souhaite désormais leur donner à mon tour la vision d’une femme, d’une mère, d’une compagne qui a trouvé son équilibre personnel, professionnel et familial dans ce nouvel environnement que l’on s’est promis d’investir. Yallah !
Anne
Relation à moi-même : Au début je me suis recentrée sur moi, j’ai adoré passer moins de temps dans les transports, réintégrer ma routine matinale, cuisiner 3 fois par jours, vivre à mon rythme mais finalement la dissonance cognitive s’est installée entre le fait de continuer à travailler plus qu’avant sans réussir à me mettre de limites (ce qui semble être ma propre responsabilité mais j’y revendrai plus tard) et voir le monde en pause et s’effondrer autour de moi. Ayant un emploi tourné vers l’humain, les conversations deviennent plus lourdes, les inquiétudes s’installent et mon empathie devient mon pire ennemi. Mes pensées sont devenues négatives et l’alcool est devenu l’anxiolytique tant redouté. J’ai la chance de bien me connaitre sur ce plan et de savoir me protéger à temps mais je ne peux m’empêcher de penser à ces personnes qui expérimentent ces dépendances pour la première fois et qui se sentent certainement seules face à ce problème actuellement. Sur un autre plan mon corps m’échappe, je me sens obligée de faire du sport tous les jours et encore plus en ce moment pendant lequel les options sont inexistantes. Des douleurs inhabituelles apparaissent, le rapport à la nourriture devient compliqué. J’ai l’impression que mon poids fluctue quotidiennement et que mon esprit est de plus en plus méchant et ce problème semble être majoritairement féminin quand je sonde autour de moi. D’une manière générale je constate qu’on n’arrive plus à trouver du temps, le temps de qualité, le temps qui compte, on est envahi d’information sur comment faire mais on est incapable de l’appliquer, on veut tout suivre, tout voir, tout savoir mais l’offre est tellement immense que l’on se noie dans la surinformation et on culpabilise ne pas tout maîtriser à 100%.

Relation aux autres : J’ai le sentiment de ne pas passer assez de temps avec mon partenaire alors que nous sommes 24/24 ensemble. J’imagine que le temps que nous passons ensemble n’est pas du temps de qualité. Mais finalement qu’est-ce que passer du temps de qualité avec les personnes qu’on aime? Les Skypéros continuent et deviennent populaires, je peux rencontrer les partenaires de mes ami.es plus tôt que prévu finalement et je peux créer plus de « proximité » avec les personnes qui n’avaient pas le mode de fonctionnement virtuel avant. Je me rends compte que voir ses proches derrière des vitres ou virtuellement ne suffit pas, nous avons besoin de soutien physique également. Nous avons tendance à méconnaître ou à oublier que l’humain est constitué d’énergie. Nous avons besoin d’énergies d’autrui et de connexions pour avancer.

Relation au monde : Concernant l’entreprise je peux observer que la bonne volonté est là mais passer le message, dans mon cas, de continuer le « business as usual » alors que rien n’est « usual » actuellement est un soucis pour beaucoup d’employé.e.s. N’est-ce pas la responsabilité de l’entreprise de mettre en place des limites pour prendre soin de la santé mentale de ses employé.es? Je vois cette période comme un moment idéal d’introspection pour l’entreprise également, le moment parfait pour repenser ses modèles et laisser place à l’innovation. Au niveau sociétal le futur est flou et les échéances sont continuellement repoussées. Il est donc difficile de se réveiller en étant reconnaissant.e et impatient.e de vivre cette nouvelle journée. Vivant au Canada j’ai la chance de me sentir en confiance et supporté par mon gouvernement qui intervient et répond aux questions quotidiennement. Leurs réflexions et décisions sont empathiques et c’est exactement ce que j’attends de mes représentants. Un mouvement de consommation locale se met en place et me donne espoir en l’avenir.
Anonyme
Je réalise qu’être bien avec l’autre nécessite d’être parfois sans lui… L’attachement et le détachement comme les deux faces d’une même pièce…
Elise Levinson
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