Croissance ? Décroissance ? Résonance !

J’ai découvert cet été (presque) par hasard les travaux du philosophe allemand Hartmut Rosa, en particulier ceux qu’il présente dans son dernier ouvrage Résonance : Une sociologie de la relation au monde

Intriguée, je me suis procuré ledit ouvrage, qui m’a enchantée et fait vibrer le cœur. Sa pensée me semble tellement en résonance (justement !) avec la Révolution Relationnelle que je vous propose un petit digest pour vous mettre l’eau à la bouche !

1 – INTRODUCTION : CE QUE DIT LA 4e DE COUVERTURE…

« Si l’accélération constitue le problème central de notre temps, la résonance peut être la solution. Telle est la thèse du présent ouvrage, lequel assoit les bases d’une sociologie de la « vie bonne » – en rompant avec l’idée que seules les ressources matérielles, symboliques ou psychiques suffisent à accéder au bonheur.

La qualité d’une vie humaine dépend du rapport au monde, pour peu qu’il permette une résonance. Celle-ci accroît notre puissance d’agir et, en retour, notre aptitude à nous laisser « prendre », toucher et transformer par le monde. Soit l’exact inverse d’une relation instrumentale, réifiante et « muette », à quoi nous soumet la société moderne. Car si nous les recherchons, nous éprouvons de plus en plus rarement des relations de résonance, en raison de la logique de croissance et d’accélération de la modernité, qui bouleverse en profondeur notre rapport au monde sur le plan individuel et collectif.
De l’expérience corporelle la plus basique (respiration, alimentation, sensations…) aux rapports affectifs et aux conceptions cognitives les plus élaborées, la relation au monde prend des formes très diverses : la relation avec autrui dans les sphères de l’amitié, de l’amour ou de la politique ; la relation avec une idée ou un absolu dans les sphères de la nature, de la religion, de l’art et de l’histoire ; la relation avec la matière, les artefacts, dans les sphères du travail, de l’éducation ou du sport.

Tout en analysant les tendances à la crise – écologique, démocratique, psychologique – des sociétés contemporaines, cette théorie de la résonance renouvelle de manière magistrale le cadre d’une théorie critique de la société. »

2 – QU’EST-CE QUE LA RÉSONANCE ?

Hartmut Rosa définit la résonance comme une expérience vécue, physique, qui ne se résume pas à une émotion ou à un sentiment. C’est ce que l’on vit lorsque, d’une part, on est touché par quelque chose d’extérieur à soi (un regard, un paysage, une musique, une idée, une parole, un « fragment du monde »…), c’est-à-dire que cette chose vient nous faire « vibrer » à l’intérieur ; et, d’autre part, lorsque l’on se sent, en retour, en capacité et en possibilité de « répondre » à ce fragment du monde. La résonance est donc un double mouvement, elle consiste à être transformé par le monde et à le transformer en retour.

« La résonance est une forme de relation au monde associant af<fection et é>motion, intérêt propre et sentiment d’efficacité personnelle, dans laquelle le sujet et le monde se touchent et de transforment mutuellement. […] Les relations de résonance présupposent que le sujet et le monde sont suffisamment « fermés » ou consistants, afin de pouvoir parler de leur propre voix, et suffisamment ouverts afin de se laisser affecter et atteindre. La résonance n’est pas un état émotionnel mais un mode de relation. Celui-ci est indépendant du contenu émotionnel. C’est la raison pour laquelle nous pouvons aimer des histoires tristes. » (p. 200)

3 – LA RÉSONANCE EN RÉPONSE AUX LIMITES DE LA CROISSANCE

Hartmut Rosa rédige cet ouvrage sur la base d’un constat (auquel il a consacré son livre précédent : Accélération, Une critique sociale du temps) : si la modernité a permis une évolution nécessaire et positive de la condition humaine, son postulat de la croissance continue finit par se refermer sur nous, humains, comme un piège, nous condamnant à une accélération sans fin incompatible avec la qualité de vie, et entraînant dans notre chute maints autres être vivants…

Mais Rosa est clair : si réponse à la croissance il y a, elle n’est pas la décroissance, car nous ne pouvons refuser la paix, l’éducation, l’accès à la santé, la satiété… à celles et ceux qui n’en bénéficient pas encore. Ainsi, la réponse à l’accélération de nos sociétés, de nos modes de vie et de production, en un mot la réponse à notre course à cette croissance qui épuise les êtres humains autant que les autres êtres vivants, les écosystèmes et les ressources, est plutôt à rechercher du côté d’une croissance contrôlée pour ces aspects vitaux, et de la résonance pour les autres.

Quelles perspectives cela ouvre-t-il ! Rosa ne propose pas un contre-modèle, qui mène invariablement à une dichotomie, et à l’injonction de « choisir son camp », mais tout un nouveau champ de réflexions, d’expériences et d’actions à explorer autour du sens, de la vibration, de la résonance…

4 – UNE AUTRE MESURE DE LA QUALITÉ DE VIE

Dans son ouvrage, Hartmut Rosa porte un propos qui me paraît particulièrement éclairant : si la finalité de notre vie humaine sur Terre est la qualité de vie (il la nomme la « vie bonne »), c’est-à-dire de vivre « une vie qui vaut d’être vécue », alors nos critères actuels de mesures font fausse route. Nous considérons que la qualité de vie est conditionnée par l’accès aux ressources (économiques, sociales, matérielles, naturelles) et aux options dans l’action (capacité à faire ses propres choix et à disposer d’un libre-arbitre). Or, cela n’est pas suffisant, voire parfois contre-productif. Rosa pose que la qualité de vie tient davantage à la qualité des relations que nous entretenons au monde, c’est-à-dire à nous-mêmes, aux autres personnes, aux objets et à la nature.

Ces relation sont-elles « résonantes », ou au contraire « aliénantes » ? Nous sentons-nous touchés par le monde, et convaincus en retour d’avoir une action transformante sur lui, ou nous sentons-nous impuissants et manipulés, « chosifiés » (« réifiés ») dans un monde qui nous échappe ?

Si Harmut Rosa n’apporte que quelques pistes de concrétisation d’une société plus résonante (revenu minimum garanti sans condition par exemple), conscient que la résonance ne peut ni s’imposer ni être garantie pour tou.te.s dans les mêmes situations (ce qui résonne pour l’un ne résonne pas pour l’autre), son ouvrage a le mérite d’ouvrir des champs de réflexions et d’expériences dans ce qu’il nomme la « post-croissance ». La question n’est en effet pas de choisir entre « le tout croissance » et « le tout décroissance », mais de définir ensemble quels secteurs et quelles activités placer dans la dynamique de l’une ou de l’autre. Il est parfois bon de pédaler plus, mieux et plus loin ; il est parfois bon de descendre de vélo et d’admirer le paysage… Cela m’évoque la complémentarité entre l’AVOIR et l’ETRE : les biens et ressources matérielles sont nécessaires à une qualité de vie satisfaisante, et dans le même temps celle-ci ne s’y réduit pas. A quoi bon tout cela si nous ne pouvons pas être présents à nos expériences, aux autres, à la nature ? Si nous ne trouvons ou ne prenons jamais le temps de « simplement » être là, ressentir, discuter, rêver, lire, chanter, créer… sans autre but que d’être dans l’instant de ce vécu ?

Deux podcasts intéressants sur le sujet :

Citations extraites :

« La forme fondamentale de la résonance, c’est ÉCOUTER, écouter ce qui est là et y répondre. Et la réponse dans ce genre de situation est différente de maîtriser ou posséder quelque chose. »

« Notre réalité quotidienne est telle que nous n’avons plus le temps d’écouter quoi que ce soit. La plupart d’entre nous, dès le matin au réveil, nous avons d’interminables listes de choses à faire, et le monde est une sorte de point d’agression perpétuelle. Nous sommes toujours sous la pression du temps, avec des objectifs à atteindre, et dans ce cas-là nous ne pouvons pas nous laisser aller à des processus de résonance car ils sont imprévisibles, ils nous transforment d’une façon que nous ne pouvons pas prévoir à l’avance. »

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