Comment écouter un proche en souffrance ?

Il se présente parfois à nous des situations délicates, où un proche, ami.e, collègue, traverse une épreuve ou une période difficile – deuil, perte d’emploi, handicap… On veut aider, soutenir, et spontanément on pense à apporter des paroles réconfortantes… avec le risque de tomber à côté et de faire plus de mal que de bien.

Il y a quelques temps, je suis tombée par hasard sur un article publié dans une revue protestante, intitulé « Les 10 paroles… à ne pas dire », rédigé par Nicole Deheuvels, pasteur de l’Eglise réformée de France, conseillère conjugale et familiale, et responsable de l’Association La Cause.

Je l’ai trouvé particulièrement éclairant sur la posture à adopter dans ce genre de situation, et sur l’importance de l’écoute, plutôt que la parole, pour soutenir quelqu’un en souffrance. Voici les éléments que je souhaite vous partager :

Certaines paroles renvoient au contraire à l’autre que sa souffrance n’est pas entendable, n’est « pas si grave », ou qu’elle passe en second plan, ce qui ajoute de la douleur à la douleur.

Ainsi, mieux vaut-il éviter de :

  • Minimiser : « N’y pense plus, viens plutôt te changer les idées ! » Cela envoie le message que le chagrin n’est pas si grand, que la personne peut facilement faire l’effort de le surmonter. S’il peut effectivement faire du bien de ne pas s’enfermer, d’être entouré.e, de pratiquer des activités que l’on aime en temps normal, se forcer à réprimer ses émotions risque, à terme, d’aggraver la souffrance.
  • Au contraire, dramatiser : « Je suis effondrée par le décès de ton mari ; c’est vraiment horrible ! » L’expression exacerbée de votre propre émotion peut faire l’effet de minimiser celle de la personne que vous voulez soutenir, lui envoyer le message que c’est vous qui avez besoin de soutien, alors que c’est elle avant tout qui vit la douleur de la situation.
  • Généraliser : « C’est la vie. Tout le monde part / souffre un jour. » Cette banalisation du vécu de la personne interdit son chagrin, car pourquoi souffrir de quelque chose de tout à fait normal et anodin ? Cela délégitime son émotion et ferme les portes à son expression.
  • Comparer sa situation à celle de quelqu’un d’autre : « Cela aurait pu être pire, le mari de Mme xxxx, lui… » Ici encore, l’effet produit est celui de minimiser l’expérience vécue par la personne, et la souffrance associée. Comparer revient à dire « Cesse donc de te plaindre, tu ne souffres pas autant que… » Dans certains cas, savoir que d’autres sont passés par les mêmes tourments que soi peut être salvateur, mais seulement si cela va de pair avec un accueil sincère de l’expérience telle qu’elle est vécue.
  • S’identifier : « Moi, quand… » Dans le même registre, la comparaison avec une expérience que l’on a soi-même vécue empêche la personne de donner une place à son expérience. Se poser comme modèle rabaisse là encore le vécu de l’autre. D’autant que l’on est parfois tenté.e de présenter sa propre expérience comme encore plus douloureuse ou difficile…
  • Rationaliser : « Pleurer ne le fera pas revenir » ; « Il / elle n’a pas souffert » ; « Il / elle a été heureux.se ». Mettre en avant les éléments rationnels et objectifs de la situation revient à en nier les éléments affectifs, alors que ce sont précisément ces éléments affectifs qui prennent le plus de place pour la personne, et qui ont besoin d’être entendus.
  • Anticiper : « Cela ira mieux dans quelques temps » ; « Avec le temps on oublie » ; « Tu trouveras quelqu’un d’autre ». Amener la personne à se projeter dans le futur nie la douleur du présent, encore une fois au lieu de lui offrir la place dont elle a besoin pour finalement s’apaiser. Même si objectivement cela se vérifiera, la personne qui souffre n’est pas encore en mesure de se projeter de cette façon dans le futur. C’est dans l’instant présent qu’elle a besoin de se sentir mieux.
  • Se précipiter : « Je sais qu’il / qu’elle te manque » ; « Ce que tu es en train de vivre, c’est… » Devancer la personne sur ce que l’on pense qu’elle va dire est une autre forme d’anticipation. Cela n’est pas aidant car lui « coupe l’herbe sous le pied » dans son expression. Dire à sa place ce que la personne s’apprête à dire l’empêche de prononcer elle-même les mots qu’elle a pourtant besoin de dire pour avancer dans son processus de deuil, de guérison ou de transition.
  • Spiritualiser : « Il faut que tu acceptes que Dieu sait ce qu’il fait ». Les personnes croyantes seront peut-être tentées de faire ainsi prendre du recul à la personne en souffrance. Mais ce n’est pas parce qu’un événement douloureux peut être considéré comme « faisant partie de la vie », ou comme ayant un sens supérieur et spirituel, que la personne n’a pas besoin de vivre son chagrin pour le traverser.
  • Valider : « Oui, tu as eu raison de… » Face à un choix qui a été difficile à faire (médical, funéraire…), la personne en souffrance sera peut-être tentée de rechercher la validation d’autrui pour soulager un sentiment de culpabilité. « Qu’est-ce que tu / vous auriez fait à ma place ? » Seulement, la réponse à cette question n’a pas de sens car personne n’est à sa place. Il est alors bien plus intéressant pour elle d’être accompagnée dans une réflexion sur les raisons qui l’ont conduite, elle, à prendre les décisions qu’elle a prises, plutôt qu’à porter un jugement – même positif – sur ces décisions.

Ensuite, il est essentiel de « cultiver l’humilité et accepter d’être impuissant à consoler la personne, [pour trouver le] juste positionnement qui privilégie l’empathie dans l’écoute plutôt que le discours ».

Interroger la personne sur ses ressentis (« Comment te sens-tu, là, maintenant ? »), lui affirmer une présence inconditionnelle (« Je suis là pour toi si tu as besoin »), retenir ses jugements, même positifs (« Tu as raison… » ; « Tu ne devrais pas penser que… »), rappeler que l’on peut faire appel à soi, et garder en tête que sortir d’une période difficile de la vie est un chemin en plusieurs étapes, que la personne devra traverser à son rythme, sont autant de pistes à explorer lorsque l’on est amené.e à accompagner un proche en souffrance.

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