L’empathie, cette « capacité à se mettre à la place de l’autre », indispensable pour des sociétés humaines « placées sous le signe de l’entraide et de la solidarité »…

Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous quelques extraits fort intéressants d’un des épisodes du podcast « Émotions » de Louie Médias, qui s’intitule :

« Certaines personnes manquent-elles d’empathie ? »

On y entend des témoignages et des résultats de recherche sur l’empathie, ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas, et sur les conséquences que cela peut avoir de ne pas se mettre à la place de l’autre…

Le psychiatre Serge Tisseron, spécialiste de la question de l’empathie, nous explique :

« L’empathie est une construction mentale qui peut être assez proche de la réalité de ce que vit l’autre, mais qui peut être aussi parfois éloignée de ce que vit l’autre, et dans cette construction mentale, il y a plusieurs composantes :

une composante émotionnelle, affective. Elle apparaît chez le jeune enfant autour de 1 an et elle est la possibilité pour le jeune enfant d’identifier l’émotion de son interlocuteur. C’est pour ça que l’on tient beaucoup à distinguer l’empathie de la sympathie : dans la sympathie je confonds mon émotion avec celle de l’autre ; dans l’empathie j’ai une émotion propre, je ne la confonds pas avec celle de l’autre, et je fais la part de ce qui me revient à moi et de ce qui revient à mon interlocuteur vis-à-vis duquel je suis empathique.

une composante cognitive, qui fait intervenir le raisonnement, la pensée logique. Elle n’est absolument pas émotionnelle, elle est uniquement cérébrale. Elle apparaît aux alentours de 4 ans 1/2, et c’est la possibilité à ce moment-là pour l’enfant de comprendre que quelqu’un d’autre que lui peut avoir une représentation du monde différente de la sienne parce qu’il a des expériences différentes.

C’est la manière dont ces deux composantes se lient qui est la clé d’une empathie réussie ou d’une empathie échouée.

Une bonne empathie émotionnelle et une bonne empathie cognitive, ça ne suffit pas pour assurer un climat serein et une vie collective placée sous le signe de l’entraide et de la solidarité. Il faut autre chose, qui va devoir être nourri par la culture, par l’éducation, c’est la capacité, à partir de 8 ans, et notamment entre 8 et 12 ans, de faire la synthèse entre ces deux capacités et de pouvoir se mettre émotionnellement à la place d’autrui.

Ça veut dire que si je vois quelqu’un par exemple souffrir, non seulement je perçois cette souffrance, non seulement j’en comprends les causes, mais encore je me mets émotionnellement à sa place, donc je souffre avec lui et je n’ai pas envie de l’écraser. Sinon, si je n’ai que l’empathie émotionnelle et l’empathie cognitive, je peux comprendre qu’elle souffre, je peux comprendre pourquoi, mais je peux avoir envie de l’écraser le plus vite possible pour m’en débarrasser de manière à cesser de risquer d’être bouleversé par ce tableau affligeant. »

Omar Zanna, Docteur en sociologie et en psychologie, a constaté dans ses recherches menées auprès de jeunes « délinquants », le lien entre le passage à un acte violent et une « éclipse » temporaire de l’empathie. Depuis, il développe des méthodes d’apprentissage de l’empathie dans les écoles, « comme toute autre compétence ». Parmi ces méthodes, il y a :

– le jeu de l’échelle des émotions, qui aide à dire aux autres son état émotionnel, et constitue une manière de rentrer dans la réciprocité de ce que chacun.e vit

– le jeu des mousquetaires, dans lequel 4 enfants jouent de sorte que l’un est libre de ses mouvements tandis que les trois autres sont dans des positions inconfortables (chaise contre le mur, position du flamand rose par exemple). Celui qui est libre de ses mouvements doit repérer les situations de difficulté de ses camarades, mais sans parler. Le jeu permet donc de développer sa capacité à être attentif aux signes qui montrent l’état émotionnel de l’autre.

Dans les écoles où ces méthodes sont déployées, « les enseignants ont remarqué que lors des conflits, les élèves en viennent moins aux mains, et règlent davantage leurs différends via la discussion »…

Maïwenn Bordron, la journaliste qui a réalisé et épisode, conclut :

« Se dirige-t-on vers un monde où les gens ne manqueront pas d’empathie, quelque soit la situation ? Un monde où la plupart des gens réussiraient à se mettre à la place des autres ? Un monde où les patrons prendraient plus en compte les conditions de travail de leurs salariés en se mettant à leur place ? »

Rêvons ensemble et interrogeons-nous : comment puis-je mettre de temps en temps un peu plus d’empathie dans ma vie ? 😉

Elise Levinson

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